Quelqu’un avait dû calomnier Joseph K car, sans rien avoir fait de mal, il fut arrêté un matin… De quoi l’accuse-t-on ? Comment peut-il se défendre ? C’est ce que le héros devra trouver, à moins que le combat ne soit perdu d’avance…

Le Procès est une parabole de l’existence humaine : on est tous coupables car, dès la naissance, nous sommes tous condamnés. L’issue est fatale, quelle que soit notre lutte ! Alors pourquoi lutter contre la mort ? Si on essayait de vivre, tout simplement ?

 

48 pages - couleur - couv. cartonnée

LE PROCÈS

Une œuvre majeure plus que jamais d’actualité

Écrit à partir de 1914, remanié régulièrement, le Procès est resté un roman inachevé de Kafka, comme la plupart de ses œuvres. À sa mort en 1924, Kafka avait d’ailleurs demandé à Max Brod, son meilleur ami et exécuteur testamentaire, de détruire ses manuscrits. Il a passé outre en éditant ses œuvres, dont le Procès dès 1925.

Ce roman a connu un succès rapide… et a fait couler beaucoup d’encre ! Ainsi, une quinzaine d’années seulement après les premières publications grand public, on avait déjà publié plus de 2000 livres et articles divers sur lui ! Et ce qu’on appelle aujourd’hui « la « Kafkalogie » s’élèverait désormais à plus de 10 000 titres ! » (Eric Faye). Kafka a été encensé par les dadaïstes, les surréalistes, les existentialistes. Il a été adapté au cinéma par Orson Welles en 1962.

Roman de l’absurde et de l’angoisse, Le Procès traite de la condition humaine par excellence et des « tyrannies modernes ». Thèmes universels et intemporels, s’il en est ! À l’heure où l’Homme se sent de plus en plus « perdu » dans une société complexe, diffuse, abstraite, ce roman est plus que jamais une œuvre d’aujourd’hui, parlant à tous. E. Weiss disait que Le Procès « n’est que le roman policier d’une âme » et Gide : « Cet être traqué, c’est moi ! ». Dans ce livre à tiroirs, chacun y puise son message, sa propre interprétation, comme l’ont fait les auteurs Clod et Céka.

 

Kafka en bref

Né le 3 juillet 1883 à Prague, Kafka est un écrivain tchèque de langue allemande. Docteur en droit, il travaille sans passion dans des compagnies d’assurance, mais se met rapidement à l’écriture. Il publie régulièrement des livres et nouvelles et fréquente des milieux intellectuels avant-gardistes. Atteint de la tuberculose en 1917, il meurt le 3 juin 1924 à Kierling, près de Vienne. Il laisse des livres inachevés, dont le Procès ou le Château, qui seront publiés après sa mort malgré sa demande de les détruire.

 

ADAPTATION DU PROCÈS EN BD

Le parti pris des auteurs Clod&Céka

INTRIGUE

Au programme : suspense et angoisse… 

« Notre idée de départ n’était pas de faire une adaptation littérale et littéraire du Procès, mais de proposer une lecture personnelle, sans nous substituer à l’œuvre elle-même. Notre plus belle récompense serait de savoir que nous avons donné envie à des lecteurs de plonger ou de replonger dans le roman de Kafka ! Ce qui irait dans le  sens de ce que disait Camus : « Tout l’art de Kafka est d’obliger le lecteur à relire. »

Notre parti pris était de centrer le récit sur le déroulement du procès lui-même, à la fois pour garder un fil rouge fort et faire monter crescendo le sentiment d’angoisse… Nous voulions également nous concentrer sur certains personnages, notamment sur le personnage féminin de Leni qui nous plaisait bien. Elle est plus qu’un faire-valoir. Elle est peut-être porteuse d’un message : l’amour peut nous sauver de la mort.

Grâce à cette structure, il nous a été facile de passer d’un roman de plus de 250 pages à une BD en 46 pages, ce qui peut paraître une gageure en soit ! Pourtant, nous n’avons jamais eu le sentiment du chausse-pied. Bien au contraire, nous nous sommes même permis des pages pratiquement sans aucun texte, luxe suprême…

Il faut reconnaître que la bande dessinée possède un atout par rapport à la littérature, c’est sa force expressive naturelle : une simple rue labyrinthique, un bureau encombré, un regard angoissé peuvent déjà à eux seuls véhiculer tout l’esprit d’un roman. »

 

HUMOUR

Quand l’absurde devient comique…

 « Franz Kafka est bien sûr d’abord connu pour ses univers sombres et angoissants et ses situations… « kafkaïennes ». Et, dans ce domaine, nous nous en sommes donnés à cœur joie, bien sûr !

Mais ce qui nous intéressait également, c’est de mettre en avant le talent moins connu de Kafka pour l’humour noir et absurde. Son « humour grotesque » disait Alleman ! D’ailleurs, « Max Brod raconte que Kafka déchaîna le fou rire de ses amis en leur lisant le premier chapitre du roman, ce qui à distance paraît tout à fait incompréhensible ! » (M. Robert)

Tant mieux, la bande dessinée s’adapte bien à cet humour grotesque, très visuel : escaliers avec des marches immenses, peintre fou, avocat dévorant littéralement ses dossiers, etc. L’avantage, c’est que nous pouvons le faire à moindres frais par rapport au cinéma. Nous n’avons pas besoin d’effets spéciaux à 10 millions de dollars (heureusement pour notre éditeur Akiléos !), un crayon suffit… »

 

GRAPHISME

Ligne claire pour ambiance sombre…

 « Notre envie était de faire ressentir au lecteur la montée de l’angoisse avec des ambiances graphiques de plus en plus noires, en termes de situations et de couleurs. On doit peu à peu sentir le collet se refermer sur Joseph K, on doit le sentir étouffer… Le bureau de Joseph K remplit littéralement de dossiers en est un exemple !

De même, le visage de Joseph K a volontairement été pensé avec une économie de moyens, le plus épuré possible, à la manière d’un Tintin. Notre volonté était de symboliser l’universalité du personnage pour que le lecteur s’identifie plus facilement, grâce à un effet miroir.

La technique de dessin choisie par Clod est particulière : à côté de l’encrage classique, Clod utilise des rehauts au crayon pour les ombrés. Cette technique permet de bien rendre l’atmosphère angoissante. De plus, elle donne un côté plus graphique au dessin de style ligne claire.

Pour le plaisir, en plus de certaines ambiances surréalistes, nous avons aussi glissé quelques références à des mouvements picturaux contemporains de Kafka : cubisme, expressionnisme allemand, … Nous comptons sur la sagacité des lecteurs pour trouver ces petits clins d’œil ! »

 

DEVANT LA LOI

Quand la parabole devient message…

« « Devant la loi » est une petite partie du Procès représentant quelques pages seulement, placées vers la fin du roman. Un passage aussi petit par la taille qu’important par le contenu ! Dès le début, nous l’avons considéré comme un pivot du livre. C’était un des textes préférés de Kafka révélant l’impossibilité de connaître la signification profonde des événements : il a d’ailleurs publié cette petite fable à part en 1916.

Dans son adaptation du Procès, Orson Welles en a fait le début de son film. Nous, nous avons préféré nous en servir pour ponctuer le récit, un peu comme un intermède. Il revient ainsi comme une sorte de songe qui vient éclairer le récit et la réflexion du héros et du lecteur !

D’ailleurs, de nombreux récits de Kafka, comme la métamorphose, sont nés de ses rêves. À notre manière, nous revenons donc aux sources de la création de ce texte…

Dès le début, il nous paraissait évident que cette fable existentielle concentrerait notre message : notre vie est une sorte de voyage où ce qui compte, ce n’est pas l’arrivée contre laquelle nous ne pouvons rien et sur laquelle nous ne savons rien, mais ce qui se déroule pendant ce voyage. Alors, à nous de l’agrémenter le mieux possible ! « Vivons heureux en attendant la mort… » aurait dit Desproges ! » Dans Description d’un combat, Kafka résume cette idée ainsi : « Le temps qui t’est imparti est si court que si tu perds une seconde, tu as déjà perdu toute ta vie ! »

 

PRAGUE

Un décor naturel à l’histoire

L’histoire de Joseph K n’est ni datée ni située. Bien sûr, nous avions envie de la situer dans une ville emblématique de Kafka : Prague, superbe capitale de la Tchéquie ! La ville est vraiment imprégnée du passage de Kafka et il lui était très attaché. Il dit ainsi à son propos : « Prague ne nous lâchera pas… Cette petite mère a des griffes ».

Pour nous, il était évident que l’histoire devait s’y passer. Le Procès est un roman de la ville, indubitablement ! Et même d’une grande ville où l’on se sent plus facilement perdu. Prague avec ses passages sombres, ses ruelles mystérieuses, ses dédales labyrinthiques, son ancien quartier juif populaire qui n’existe malheureusement plus s’imposait.

En plus, nous adorons tous les deux la ville qui est vraiment splendide et riche en atmosphères ! Nous avons eu l’occasion d’y voyager, d’aller sur les traces de Kafka… Notre plus grand plaisir serait de lire un jour notre BD là où Kafka a vécu, bien sûr ! Et pourquoi pas dans l’immeuble où a travaillé Kafka, maintenant transformé en hôtel ! On connaît même le numéro de la chambre où était son bureau… On ne désespère pas de faire ce « pèlerinage » !